Tendances

Et si le monde était un algorithme ?

 

Il y a des précis sur lesquels on aime s’attarder. Des manuels précieux qui font œuvre de repères, au moment même où le monde numérique n’en finit plus de nous étourdir avec ses innovations.

L’ouvrage sur les algorithmes[i] de Dominique Cardon, sociologue spécialisé dans le numérique et Internet, en est un exemple. Les algorithmes se sont rapprochés de nous, gèrent la grande majorité de nos échanges marchands et non marchands, tout en restant insaisissables. Si bien que leur simple évocation suscite vigilance et critique à l’égard d’un univers que l’on tente (encore) de maintenir à distance en le qualifiant de « virtuel ». S’intéresser aux algorithmes se révèle pourtant essentiel.

D’abord, parce que la notion a un sens bien plus large que celui qu’on veut lui prêter. Un algorithme est une suite d’opérations permettant de parvenir, de manière ordonnée et séquencée, à un résultat recherché : une recette de cuisine est un algorithme ; une méthode de soin est un algorithme ; un « programme » politique est… un algorithme. De fait, le terme désigne une hiérarchisation appliquée de valeurs, renvoie à une représentation du monde. On est loin finalement de l’outil de gestion, mécaniste et binaire si souvent esquissé.

Dès lors, en faisant émerger les grandes familles d’algorithmes, on parvient à distinguer les visions du monde qui sont proposées sur le web. Dominique Cardon en distingue 4 :

  • Les algorithmes « à côté du web » : personnes, biens ou informations y sont ordonnés en fonction de leur popularité. Ils s’apparentent aux mesures d’audience traditionnelles. Dans ce monde, le site Leboncoin.fr recueille une grande partie des suffrages.
  •  Les algorithmes « au-dessus du web » : personnes, biens ou informations y sont ordonnés en fonction de leur autorité. Ils s’apparentent aux « ranking » du monde de la recherche où les sources qui ont le plus de poids sont celles le plus souvent citées. Dans ce monde, les « requêtes » figurant en tête des pages de résultats Google sont les plus respectables.
  • Les algorithmes « à l’intérieur du web » : personnes, biens ou informations y sont ordonnés en fonction de leur réputation. Celle-ci est évaluée au nombre, visible de tous, de likes, fans, etc. Dans ce monde, Selena Gomez, avec ses 133 millions de followers sur Instagram, est notre reine à tous.
  • « Au-dessous du web » : personnes, biens ou informations y sont ordonnés de manière prédictive. Suivant les traces laissées par l’internaute, l’algorithme soupçonne les choix futurs sur la base de ceux opérés par d’autres personnes qui lui ressemblent. Dans ce monde, ce sont vos sosies qui comptent le plus.

 

Alors… quel « ordonnateur » du monde privilégiez-vous ?

 

[i] À quoi rêvent les algorithmes, Nos vies à l’heure des big data, Dominique Cardon, La république des idées – Seuil, Octobre 2015

 

J.Y.

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